Fleur Hopkins-Loféron, « Rétro-futurisme et wold Newton dans Les temps ultra modernes de Laurent Genefort » / « Rétro (n° 3 | 2024)

Résumé / Abstract
Le roman Les Temps ultra­mod­ernes (2022) de Lau­rent Gene­fort a été qual­i­fié à plusieurs repris­es de roman rétro-futur­iste, voire de ré-antic­i­pa­tion. Si ces appel­la­tions ont l’avantage de mobilis­er une cul­ture visuelle partagée, celle d’un futur non advenu du passé au sein duquel se côtoient tech­nolo­gie avancée et esthé­tique steam­punk, elles masquent plusieurs aspects impor­tants du roman choral. D’abord, l’œuvre en ques­tion ne repose pas tant sur la jubi­la­tion de l’hybridation his­torique que sur une réflex­ion per­sis­tante autour du con­cept de moder­nité, comme proces­sus d’aliénation des êtres quand il est galopant. L’uchronie pro­posée, de même, trou­ve son point de diver­gence dans l’histoire des sci­ences, mais opère des mod­i­fi­ca­tions nota­bles avec la trame de l’histoire telle qu’on la con­naît. Au tra­vers de ces bifur­ca­tions, touchant par­fois à l’histoire secrète, Les Temps ultra­mod­ernes racon­tent l’invariabilité des ambi­tions et rap­ports humains, dont quelques bonnes volon­tés ne peu­vent entraver le cours. Enfin, le roman a la par­tic­u­lar­ité de se présen­ter de manière poly­phonique. Réc­it à plusieurs voix, il est aus­si com­posé par strates, sous la forme de doc­u­ments para­textuels qui visent le vérisme de l’univers expan­sif. Le roman excède dès lors son espace diégé­tique pour se con­necter à d’autres fic­tions, voire à une autre cul­ture pop­u­laire masquée, celle du mer­veilleux-sci­en­tifique français, qui per­met alors de revendi­quer un rétro-futur­isme à la française.

Retro futur­ism and wold New­ton in Lau­rent Gene­fort’s Les temps ultra mod­ernes
Lau­rent Gene­fort’s nov­el Les Temps ultra­mod­ernes (2022) has repeat­ed­ly been described as a retro-futur­is­tic nov­el, or even a re-antic­i­pa­tion nov­el. While these labels have the advan­tage of mobi­liz­ing a shared visu­al cul­ture, that of a future not yet arrived from the past, in which advanced tech­nol­o­gy and steam­punk aes­thet­ics coex­ist, they mask sev­er­al impor­tant aspects of the choral nov­el. First­ly, the work in ques­tion is not so much based on the jubi­la­tion of his­tor­i­cal hybridiza­tion as on a per­sis­tent reflec­tion on the con­cept of moder­ni­ty, as a process of alien­ation of beings when it is ram­pant. The pro­posed uchrony, like­wise, finds its point of diver­gence in the his­to­ry of sci­ence, but makes notable mod­i­fi­ca­tions to the fab­ric of his­to­ry as we know it. Through these bifur­ca­tions, some­times touch­ing on secret his­to­ry, Les Temps ultra­mod­ernes tells of the invari­abil­i­ty of human ambi­tions and rela­tion­ships, whose course a few good wills can­not hin­der. Final­ly, the nov­el has the par­tic­u­lar­i­ty of being poly­phon­ic. A nar­ra­tive in sev­er­al voic­es, it is also com­posed in lay­ers, in the form of para­tex­tu­al doc­u­ments that aim for the verisimil­i­tude of the expan­sive uni­verse. The nov­el thus goes beyond its diegetic space to con­nect with oth­er fic­tions, and even with anoth­er masked pop­u­lar cul­ture, that of the French mar­vel-sci­en­tif­ic, which then allows us to claim a French-style retro-futurism. 
Citer
Fleur Hop­kins-Loféron, « Rétro-futur­isme et wold New­ton dans Les temps ultra mod­ernes de Lau­rent Gene­fort » (n° 3 | 2024) », dans Pagaille, n°3, « Rétro­topies ou l’idéal­i­sa­tion du passé », 2024, p.107–116. Url: https://revue-pagaille.fr/2024–3‑hopkins-loferon/

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